Constructions répétitives

    Après une carrière d’infographiste dans l’industrie de l’emballage, du”packaging”, je reste un plasticien par essence. Je peinset dessine. Mon travail artistique est imprégné de cette mémoire du numérique, de l’écran, des logiciels, du déplacement destêtes d’impression sur les traceurs, du mouvement des rotatives, du produit imprimé, manufacturé.
    Quoi peindre, comment peindre? j’expérimente dans mes œuvres une manière particulière de déposer la peinture. À l’aide d’adhésifs de masquage spéciaux et souples, je juxtapose des lignes en jouant sur l’épaisseur et l’espacement. Je crée ainsi des structures linéaires en extension ou en contraction. Je dépose ensuite ma peinture sur cette trame et une fois sèche, je n’ai plus qu’à retirer les adhésifs pour obtenir une trame peinte en négatif du dessin originel. La superposition de plusieurs de ces trames me permet d’obtenir des effets optiques, des moirages provoqués par le croisement des lignes et le produit de la surimpression de leurs couleurs.
    Quel est l’intérêt d’une telle pratique qui pourrait paraître fastidieuse et longue? Ne pouvant concevoir ma liberté indépendamment de toute contrainte ainsi que mon savoir-faire me permettent d’ouvrir un champ d’expérimentation quasiinfini ou l’acte précis et rigoureux, se conjugue avec le hasard et l’aléatoire. Actuellement, je démarre toujours mes travaux sans projet préalable, je laisse l’humeur du moment faire le premier geste et je me lance dans une “construction répétitive”où chaque ligne ajoutée est guidée par la précédente sans être tout à fait la même. Sur chaque couche de trame, une fois la peinture déposé, le motif du dessous est complètement recouvert, ce n’est qu’en enlevant l’adhésif que je découvre les effets de superposition. Premier spectateur du résultat obtenu par le jeu du hasard celui-ci est parfois jubilatoire, parfois interrogatif. De ce constat, une stratégie de composition se met en place, la prévisualisation d’un possible résultat final.
    Mes dessins sont réalisés selon le même processus mais le papier est remplacé par une plaque de Dibon, un support rigide et lisse comme un écran. Le graphite est déposé sans l’aide du crayon, cela me permet d'obtenir des lignes pures et des nuances de gris sans grain proche d’une matière photographique.
  Dans mes travaux récents, je m’efforce de faire disparaitre toute gestuelle ou trace de la main. Une quête de précision où ma pensée se perd dans la concentration pour atteindre un état méditatif, un apaisement, une dimension spirituelle qui je l’espère transparaît dans mes œuvres. Cette volonté crée une ambiguïté. Elle rend énigmatiques les effets optiques produits. Elle pourrait donner à penser l'idée d'une production numérique ou virtuelle. Une réflexion que j’estime comparable à l’histoire de la peinture hyperréaliste en lien avec la photographie.


Laurent Galland - 2021